Entreprise et covoiturage

Le 4 avril dernier, le Monde publiait un article intitulé « Ces entreprises qui soutiennent le covoiturage ». Covoiturage.pro, ecolutis, comuto (par covoiturage.fr)… Les sites spécialisés dans le covoiturage professionnel fleurissent sur la toile. Ils ont su trouver leur public, alors pourquoi les entreprises ne proposent-elles pas le service en interne ?

Si les particuliers sont déjà nombreux à le pratiquer, le covoiturage peine à séduire les comités d’entreprise. La principale réticence des employés quant à l’utilisation de ce mode de transport pour leurs voyages pendulaires vient du manque d’autonomie. Avec sa propre voiture, on part quand on veut et on rentre quand on veut. Et puis on est pas tous voisins avec ses collègues.
Pour ceux qui sont réglés comme des horloges, reste encore l’angoisse du « Est-ce que je vais pouvoir rentrer chez moi ? ». Le matin, pas de soucis, tout le monde arrive à peu près en même temps. Mais ça file en douce à partir de 15h30 en « fin » de journée et le risque de se retrouver tout seul sur le parking grandit de minute en minute. Green Monkeys, site de covoiturage dynamique, rassure les victimes potentielles en leur payant le taxi.
Malgré toutes ces difficultés insurmontables, certaines structures parviennent à lancer le mouvement. Les salariés de Pôle Emploi en région PACA, sont ainsi encouragés à organiser leurs déplacements professionnels à plusieurs avec Green Monkeys et les voitures de leur employeur.  Le système devrait permettre à Pôle Emploi PACA d’économiser 540 000 euros par an. On a pensé aussi aux trajets domicile – lieu de travail mais cette fois-ci c’est payant pour les usagers puisque ce sont les véhicules personnels des employés qui sont utilisés. Le conducteur, lui, gagne 0,15 euros par kilomètre et par passager.

Transports du futur et mobilité 2.0

Focus sur un blog riche en réflexions sur les mobilités et les transports du futur, dont l’auteur est Gabriel Plassat, ingénieur à l’ADEME. Transports du futur propose en effet une veille et des analyses sur la thématique des nouvelles mobilités (innovations produits, conférences…) et un livre éponyme est disponible en ligne. L’un des points à retenir de l’analyse de Gabriel Passat est le passage qui se fera entre la possession d’un objet automobile constitué de métal et de plastique, au recours à un service de mobilité. L’une des évolutions essentielles, en cours et à venir, est donc la remise en question de la propriété individuelle d’un moyen de déplacement.

L’auteur voit les solutions d’autopartage (du vélib’ à l’autolib’), de covoiturage dynamique et d’autostop sécurisé comme « de nombreux signaux faibles » et des « briques unitaires qui permettront, à terme, de franchir le pas vers le service ». L’offre de ce type de services ne représentant en réalité qu’une part très minoritaire d’usagers, l’achat d’un véhicule individuel reste la norme pour encore un certain temps. Toutefois des technologies – Personal Transport Assistant de Cisco, Instant Mobility de Thales – se développent, laissant entrevoir une concurrence à l’avenir entre les fabricants d’objets de mobilité et les pourvoyeurs d’informations en temps réel (comme l’état du réseau et la disponibilité de véhicules en partage).

Un apprentissage individuel et social est nécessaire afin que cette mobilité 2.0 soit accessible, comprise mais également compatible avec le respect de la vie privée – ce qui n’est pas sans poser un défi à la Commission nationale de l’informatique et et des libertés, CNIL, en France. A l’image de l’accès de tous aux véhicules dits propres ou aux transports en commun, la question est de savoir comment ne pas restreindre la mobilité 2.0 à un public averti, comment ne pas élargir la fracture sociale à la fracture numérique. Bien des compromis sont demandés au citoyen usager de solutions de mobilité tous les jours, et davantage d’ajustements lui seront demandés dans le futur. Possible, au vu du succès du dernier salon de l’automobile de Genève où l’accent était mis sur de petits véhicules à faibles émissions et l’omniprésence des technologies de l’information.

Associations à vocation sociale, ruralité et covoiturage

Lorsque l’on vit en zone rurale, peu maillée par les transports publics, la question des déplacements se pose de façon encore plus aiguë que pour le citadin. La voiture est le mode de transport le plus répandu et adapté à ce contexte, toutefois des solutions de covoiturage existent (CovivoGreen MonkeysVoiture&Co), et, moins connues, des innovations sont à remarquer du côté du monde associatif. Ces associations à vocation sociale ont fait le constat que faciliter la mobilité ne se limite pas au passage du permis de conduire et à la connaissance des plans de bus. Les personnes exclues socialement et professionnellement rencontrent en effet des obstacles d’ordre davantage social et psychologique.

Aussi ces associations mènent-elles depuis plusieurs années une réflexion sur la mobilité en territoire péri-urbain et rural en la liant aux questions du logement (faible revenu, logement excentré) ainsi que de l’emploi et du dynamisme économique (organisation des transports des salariés jusqu’à leur entreprise, développement, attractivité, organisation des territoires). L’intermodalité et la multimodalité sont nécessaires pour pouvoir se déplacer d’une ville à l’autre, d’un lieu-dit à un autre, et ce jusqu’au “dernier kilomètre”. Ces déplacements sont rendus possibles grâce aux évolutions des technologies de l’information et de la communication, permettant compilant les données. Par exemple, dans le Var, l’intermodalité entre transport public-covoiturage mise en place en 2006 est un succès.

Pierre Jacquet, Directeur d’Actions pour la Mobilité vers l’Emploi (AME) explique que des structures implantée au sein de la Provence verte (Var), d’Apt (Zapt, Vaucluse) et de l’Ubaye (Alpes de Haute Provence) utilisent la base de données commune TrajécoCe savoir-faire intéresse de près les collectivités territoriales dans la mesure où il est transposable à un échelon plus large que celui de l’association. Le site Trajéco en lui-même permet non seulement de covoiturer mais de faire savoir aux communes, pays, communauté de communes ou départements qu’il est possible de développer les infrastructures correspondant à leurs besoins. Ainsi AME peut être un relais et un instrument de coordination pour les outils en gestation. Les collectivités territoriales peuvent revoir à long terme l’aménagement de l’espace en prenant en compte une place moindre de la voiture.

Voilà comment le covoiturage peut fonctionner à condition de lever un frein social, celui de partager sa voiture vue comme espace de liberté. L’enjeu est désormais de séparer la propriété de l’usage du véhicule, sans raisonner en termes de catégories de public (en insertion ou non). Les actions de mutualisation engagées par les pouvoirs publics et les associations s’adressent à tous, répondant à des problématiques transversales :

> des opportunités de mobilité pour les personnes qui n’ont pas accès à l’automobile (jeunes, personnes âgées ou handicapées, personnes aux revenus modestes) ;

> des réductions substantielles, de l’ordre de 30 %, des consommations d’énergie et des émissions de CO2 des automobiles sur les trajets périurbains de proximité ;

> une meilleure résistance des territoires aux risques de crises et de hausses brutales du prix de l’énergie qui pourraient surgir à moyen terme.

Senior Mobilité : taxi partagé pour personnes âgées

Une belle initiative, solution économique et éco-responsable qui vise à améliorer la mobilité des personnes âgées à faible revenu, a remporté au début du mois le trophée « Coup de cœur » de la Nuit du Grand Âge.

Cette initiative, c’est Senior Mobilité lancée par Citizen Mobility. Le principe est simple : un taxi pour au moins deux personnes âgées. C’est moins cher que de voyager seul, l’impact écologique est limité et on ne rajoute pas de véhicules dans un trafic déjà saturé. Pour rendre l’opération possible, Citizen Mobility a conclut un accord avec Alpha Taxis, dont le réseau de 1400 taxis indépendants dessert Paris et la région parisienne.
Pour les trajets de courte distance à pied ou en métro, Senior Mobilité prévoit aussi un accompagnement avec à l’association partenaire Les Compagnons du Voyage.

L’offre est viable grâce à un modèle économique hybride. Une partie de son financement est assuré par le système de taxis partagés lancé par Citizen Mobility en novembre 2011 pour les entreprises, collectivités et particuliers. Senior Mobility, qui se destine aux personnes âgées à faible revenu, est aussi un moyen de palier à la solitude. Guillaume Mathieu, co-fondateur de Citizen Mobility souligne que « Senior Mobilité crée du lien social leur permettant d’entretenir leur forme physique et leur moral. Un enjeu de taille lorsque l’on sait qu’à Paris, 30 % des plus de 75 ans sont dépendants. »

 

Plus d’information sur www.seniormobilite.fr

« Les nouvelles mobilités dans les territoires périurbains et ruraux »

« Les nouvelles mobilités dans les territoires périurbains et ruraux », c’est le titre du rapport du centre d’analyse stratégique (CAS) paru le mois dernier. Le CAS y poursuit ses précédentes recherches, observations et réflexion sur la mobilité en dehors de la ville.

Plus de la moitié de la population métropolitaine habite en zone périurbaine ou rurale. Or, il y a de moins en moins de services de proximité, de centres commerciaux dans ces zones où les transports collectifs ne peuvent assurer qu’un service limité. Les habitants sont ainsi fortement dépendants de leurs véhicules personnels.

Et le constat, aujourd’hui, est que la voiture n’est pas un système durable :
Trop polluante. Nos émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 20 % depuis 1990 et le nombre de voitures en circulation a doublé ces trente dernières années.
Trop cher. La voiture personnelle à un coût et celui de l’énergie ne cesse d’augmenter.
Trop discriminante. Tout le monde ne peut pas utiliser la voiture, et si elle est indispensable en milieu rural, certaines catégories de la population vivent une forme d’exclusion : les handicapés, les personnes âgées, les enfants, les adolescents et, naturellement, les ménages les plus défavorisés.

L’enjeu est de réussir à trouver une alternative aux véhicules personnels sous la forme d’un service à prix raisonnable et qui soit accessible au plus grand nombre.
Aujourd’hui, les gens sont prêts à partager ou louer leur voiture. C’est vers ce type de solutions que se tourne le rapport du CAS. Les moteurs peu gourmands en énergie ne sont pas encore considérés comme une alternative durable à cause, notamment, de leur prix élevé.

L’étude tire des conclusions et surtout expose cinq recommandations d’évolution des transports :
1 – Aider les communautés de communes et les agglomérations, ainsi que les pôles
d’activité qui le souhaitent (universités, centres commerciaux…), à définir des
stratégies de mobilité adaptées à leur territoire, en partant de la compréhension
locale des flux de déplacements et s’intégrant dans le cadre du schéma
départemental de transport et de ses liaisons avec les pôles urbains voisins.
2- Apporter à l’usager une information en temps réel, afin qu’il puisse organiser ses
déplacements en combinant les transports collectifs et individuels (marche à pied,
deux-roues, voiture personnelle ou partagée).
3- S’appuyer sur l’information numérique pour développer le partage de la voiture et
notamment des solutions de covoiturage sécurisées reposant sur un tiers de
confiance et un suivi géolocalisé du déplacement.
4- Coordonner les services de transport collectif entre eux, avec des rabattements
performants vers des stations de transport collectif (itinéraires cyclables, parkings
de covoiturage), pour une chaîne de transport porte à porte efficace ; affecter à ces
rabattements environ 10 % des dépenses annuelles de voirie.
5- Limiter les distances parcourues par les professionnels des services à la personne
(commerces, santé, loisirs, etc.) en les incitant à coordonner leurs déplacements,
leurs livraisons ou le transport des personnes qui les sollicitent.

Ainsi, nous devons envisager non pas une solution mais un ensemble de mesures qui permettrait de changer à long terme le mode de déplacement des habitants de zones périurbaines et rurales.
Les conclusions du rapport du CAS, optimistes, vont dans ce sens. Covoiturage dynamique, utilisation de nouvelles technologies de la communication, moteurs électriques ou hybrides et surtout initiatives locales sont les acteurs qui compteront le plus dans l’évolution vers une mobilité plus responsable.