Métro, boulot, dodo… Quoi de neuf dans nos routines ?

En mars dernier s’est tenu à Lille le 13e colloque de l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française sur le thème des routines.

Comment vivons-nous les routines liées aux déplacements ? Pourquoi avons-nous besoin de routine? Comment changer les routines ou les enrichir ? Autant de questions que nous avons posé à quelques-uns des intervenants à ce colloque.

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Question à Joël Meissonnier et Cyprien Richer, chargés de recherche dans le domaine des transports au Cerema (Direction territoriale Nord-Picardie) et initiateurs de ce colloque

Pourquoi avoir choisi ce thème des routines ?

Dans le contexte de déplétion des ressources énergétiques fossiles que nous connaissons, un nombre croissant de travaux de recherche concluent à l’impérative évolution des comportements et pratiques de déplacement à l’échelle individuelle et familiale. Mais comment s’y prendre ? On se tourne assez logiquement vers les sociologues pour éclairer cette problématique. Une façon de faire avancer la recherche, à notre sens, était d’identifier les blocages, les obstacles à cette évolution souhaitable vers des arbitrages (de modes, d’activités, d’itinéraires, de localisations…) moins énergivores et plus efficients. En l’occurrence, bon nombre de travaux récents pointent l’urgence d’ouvrir la boîte noire que semble être la production sociale des routines de mobilité. C’est le travail auquel, modestement, notre colloque a tenté d’apporter sa pierre.

Comment se forment nos routines dans les déplacements du quotidien ?

La «sociologie de la conduite de vie» souligne l’importance des routines en tant que mécanisme stabilisateur de la vie quotidienne. On constate que les individus tendent souvent à privilégier un certain moyen de transport par habitude. Sur ce «choix» se calent ensuite les systèmes de lieux de la vie quotidienne (pour l’accès aux ressources) tout comme les systèmes de temporalités (coordination des programmes d’activités) qu’il détermine en partie. Promouvoir une mobilité moins automatique et plus réflexive (évaluation au cas par cas selon les conditions de trafic, la portée du déplacement, les personnes ou les marchandises à transporter, la météo…) suppose d’abord de savoir analyser les leviers et conditions des ruptures et recompositions de routines.

Question à Patricia Sajous, Université Le Havre UMR IDEES

Le télétravail libère-t-il de la routine parce qu’il évite le déplacement domicile-travail ?

Ma réponse sera catégorique : non, le télétravail ne libère pas de la routine. Ce n’est pas ce que recherchent les télétravailleurs. Différentes sources, dont l’enquête que j’ai menée dans le Gers à propos du dispositif de télétravail «Soho Solo»1, montrent que les télétravailleurs ne veulent pas être libérés de la routine mais veulent avoir plus de contrôle sur la construction des routines. C’est pourquoi lors du colloque, j’ai présenté les routines des télétravailleurs. Par exemple, éviter le déplacement domicile- travail quotidien, ce n’est pas faire disparaître de sa vie la mobilité professionnelle mais la gérer avec des configurations spatio- temporelles nouvelles : un rythme régulier mais plus espacé, un moindre effet structurant de ce déplacement pour la mobilité quotidienne. Les Technologies de l’Information et de la Communication sont moins à considérer comme des libératrices que comme des facilitatrices de la construction, de l’adaptation des routines.

Question à Thierry du Crest, directeur général adjoint mobilité- transports Lille Métropole

Comment une autorité organisatrice comme la vôtre appréhende-t-elle cette question des routines dans les déplacements ? Sur quelles actions concrètes débouchent vos réflexions sur ce sujet ?

La question des routines et plus généralement des pratiques de déplacements et de leurs évolutions sont essentielles dans la construction des décisions politiques en matière de mobilité. La montée en puissance des pratiques multimodales a par exemple été complètement intégrée dans les politiques de mobilité de Lille Métropole. Très concrètement, Lille Métropole investit sur tous les modes, s’assure que tous progressent et nous avons une des délégations de service public les plus multimodales de France : métro, tram, bus, vélo, covoiturage, pôles d’échange, marche, conseil en mobilité. Avec un opérateur intégré sur toutes ces dimensions, ce sont des passerelles naturelles entre les modes qui voient le jour : billettique intégrée vélo, TC, autopartage ; places de covoiturage dans les P+R ; promotion de la marche dans les stations de métro. Sur la question des nouvelles pratiques de mobilité (autopartage entre particuliers, services numériques…), le positionnement de Lille Métropole est davantage en construction : quelle est la bonne stratégie d’intervention ? Faire, réglementer, promouvoir, laisser faire ? Ce sera certainement un sujet pour les années à venir.

Question à Jérôme Dezobry, directeur général adjoint aménagement durable, Département du Nord

Comment une autorité organisatrice comme la vôtre appréhende-t-elle cette question des routines dans les déplacements ? Sur quelles actions concrètes débouchent vos réflexions sur ce sujet ?

Le Département du Nord s’adapte aux évolutions des comportements de mobilité en modifiant en profondeur ses modes d’élaboration et de mise en oeuvre des politiques publiques. Le Schéma Mobilité Liberté 2030, élaboré de manière participative et adopté en juin 2013, est un nouveau cadre de travail visant à une action plus transversale et partenariale, qui va bien au-delà des missions traditionnelles du Département en termes de voirie ou de transport public. La particularité est d’avoir élaboré cette nouvelle politique dans un cadre participatif : par l’organisation d’ateliers citoyens, permettant de partager diagnostic et enjeux et de coller au plus près des attentes des Nordistes ; par un appel à projets innovants permettant de faire émerger et de soutenir les initiatives locales en matière de mobilité durable. À l’initiative du Département, de nouvelles instances de gouvernance souples et adaptées au contexte se mettent aussi en place : la conférence métropolitaine pour traiter de l’accessibilité de la métropole lilloise ; la convention entre Départements du Nord et du Pas-de-Calais pour mettre en cohérence nos politiques, par exemple en termes de covoiturage, de transport à la demande ou de lignes express interdépartementales.

Question à Gaële Lesteven, Université Paris 1 – UMR Géographie-Cités

Comment les automobilistes réagissent-ils quand leurs routines de déplacement sont perturbées par la congestion ?

En abaissant les vitesses, la congestion automobile modifie les temps de déplacement quotidiens : elle les allonge et/ou augmente leur variabilité. Pour autant contraint-elle les automobilistes à adapter leurs routines ? Les résultats d’une enquête réalisée en Île-de-France montrent que les automobilistes cherchent à préserver leur routine. Ils optent pour des stratégies d’ajustement marginal (modifier l’heure de départ, changer d’itinéraire, etc.) jusqu’à ce qu’ils atteignent leur seuil de tolérance à la congestion. Ce seuil oscillerait autour de 30 minutes supplémentaires au temps de déplacement habituel. C’est à partir de ce seuil que les automobilistes commencent à adapter leur routine.

Question à François Adoue, Université Paris Est – LVMT

Comment les smartphones modifient-ils les routines des usagers des transports publics ?

Les activités privilégiées par les voyageurs au cours de leurs déplacements quotidiens (lecture de livre, de la presse, etc.) ne peuvent, en réalité, pas toujours être déployées, comme lorsque les wagons sont bondés ou les usagers trop fatigués pour se concentrer. Dans ces différents contextes, les smartphones sont fréquemment utilisés pour pallier le défaut d’activité (jeux vidéo, flânerie sur les réseaux sociaux etc.). Ils permettent donc aux usagers de s’adapter et de faire face à la perturbation de leurs routines. Mais ils sont déjà, pour des usagers plus experts (et peut -être pionniers ?), le support d’activités fortement valorisées et pleinement ancrées dans les routines, comme le visionnage de films ou de séries télévisées.

Question à Anaïs Rocci, 6-t bureau de recherche

Y a-t-il des moments privilégiés pour remettre en cause les routines liées aux déplacements ? Quels sont les moyens les plus efficaces pour inciter les individus à faire évoluer les routines dans le sens d’une mobilité plus durable ?

Pris dans leurs habitudes, les usagers prennent «machinalement» le mode de transport qu’ils connaissent et maîtrisent le mieux et ne pensent pas à toutes les alternatives qui s’offrent à eux. Il est donc très difficile de rompre avec l’habitude, surtout si celle- ci est satisfaisante. Les moments de rupture dans les modes de vie, comme un changement de situation familiale, professionnelle, un déménagement de domicile ou de lieu de travail…sont des situations favorables puisque les personnes sont amenées à remettre en question ou du moins repenser leurs pratiques de mobilité. C’est donc une période propice à cibler pour encourager un changement de comportement avant que de nouvelles habitudes soient forgées, notamment en portant à connaissance les diverses alternatives et
en incitant à en faire l’essai, outils sur lesquels s’appuient les dispositifs d’accompagnement au changement de type marketing individualisé. Pour faire évoluer les routines, le développement et l’amélioration de l’offre est indispensable pour créer les conditions matérielles favorables. Les mesures coercitives sont également nécessaires pour amener les gens à repenser leurs pratiques si leur situation devient insatisfaisante, l’information et la communication sont essentielles pour sensibiliser et faire connaître les alternatives, à cela s’ajoute l’expérimentation d’autres manières de se déplacer pour dépasser ses a priori. Tous ces moyens sont complémentaires et c’est leur combinaison qui est efficace.

Pour en savoir plus (diaporamas présentés et vidéos du colloque) : http://www.cete-nord-picardie.developpement-durable.gouv.fr/colloque-mobilites-spatiales-r178.html et http://lille1tv.univ-lille1.fr/collections/collection.aspx?id=2afcae0f-b56e-4a10-9771-4901be376961

Source : Transflash n°391

Comment des étudiants ont lancé la première plateforme de covoiturage au Liban

Al Arabiya nous informait en mai dernier de cette initiative étudiante innovante et efficace…

Suivre les cours à l’Université était devenu pour certains un vrai casse-tête, en raison des embouteillages chroniques et du manque de transports publics. Chant Kazandjian, étudiant à l’université libanaise américaine de Byblos, enchaînait correspondances et trajets en taxi… jusqu’à ce qu’il découvre le covoiturage !

Maria Zeinoun, également étudiante, témoigne :

« J’ai tout de suite aimé cette idée un peu étrange. Nous devons soutenir le covoiturage parce que cela comporte beaucoup d’avantages, par exemple les économies d’essence, surtout depuis les récentes augmentations de son prix. Cela va aider beaucoup d’étudiants, surtout ceux qui ont peu d’argent de poche. Et puis c’est une façon agréable de rencontrer des gens à l’université ! »

La plateforme autopooling.com permet à chacun d’enregistrer son parcours afin de trouver un passager ou un conducteur. Cette initiative au slogan simple : « Economisez de l’argent et de l’essence, alléger le trafic, faites-vous des amis et polluez moins. » a été lancé par l’association étudiante consacrée à la question environnementale, sur le campus de l’Université Américaine de Beyrouth (AUB).

Le développeur web, Paul Salameh raconte : « Nous avons d’abord créé un petit site internet réservé à l’AUB, et qui a eu beaucoup de succès. Nous avons donc décidé de l’étendre à l’Université Notre Dame. Là aussi elle a très bien marché et nous avons décidé d’étendre le service à toutes les universités du Liban. En deux mois, nous avions atteint les universités, mais aussi les entreprises qui peuvent désormais profiter de la plateforme. »

L’enjeu était notamment d’assurer la sécurité des passagers, étant donné qu’ils devaient prendre la route avec des inconnus.

Salameh explique :

« Nous nous sommes concentrés sur la sécurité, c’est ainsi que nous avons créer la fonction « Companionship Request » qui permet à une personne de demander à voyager avec quelqu’un en particulier, en envoyant une demande personnelle que le destinataire doit valider. Une fois cette demande approuvée, le demandeur envoie ses informations personnelles, téléphone et adresse mail. Si une personne veut en savoir plus sur un demandeur, nous avons intégré la possibilité de consulter son profil facebook et ainsi vérifier qu’il est bien inscrit à l’université etc. »

Pour visionner le reportage : http://www.youtube.com/watch?v=9WXD6RRaXQk&feature=related

Le site de la plateforme : http://www.autopooling.com/

Retour à Rio : quand le Programme des Nations-Unis pour l’Environnement lançait une campagne de sensibilisation aux transports partagés !

Cette campagne s’adressant aux Européens adoptait un slogan simple mais efficace : Voyageons ensemble pour la planète !

A travers cette invitation, inscrite au coeur du programme Green Up, il s’agissait, via une application ludique sur Facebook, de monter à bord d’un véhicule virtuel, et d’y inviter ses amis pour un voyage entouré de tous les Européens, afin de promouvoir les modes de transports collectifs. A la clef, des voyages gratuits en train, en bus etc à travers toute l’Europe.

Voyager avec d’autres, tel était le message de cette campagne aux partenaires économiques venant de tous les pays et de tous les secteurs du transport collectif, entre autres des sociétés publiques d’exploitation des chemins de fer (SNCF, Deutsche Bahn, Infrabel, NSB, UIC…), et toutes les plateformes européennes de carpooling.com (mitfahrgelegenheit.de pour sa version allemande)…

Le programme rapporte sur son site qu’entre 2008 et 2011, les européens qui ont partagé leur véhicule via les initiatives de covoiturage ont économisé plus de 630 000 de tonnes équivalent CO2, 324 millions de litres d’essence et 750 millions d’Euros.

L’utilisation des réseaux sociaux était centrale dans cette campagne, et monter à bord du véhicule virtuel (bus, train, voiture partagée) devait reposer sur un engagement réel à promouvoir ces types de transport collectif.

Lancée en marge de Rio + 20, cette campagne ne doit pas rester lettre morte… Continuons à partager nos moyens de transports pour freiner la dégradation de notre environnement !

Le grand Lyon se lance dans le covoiturage mobile

 

Après la région Isère dont nous parlions la semaine dernière, c’est au tour du Grand Lyon de se doter d’une solution de covoiturage mobile.

Désireux de désengorger l’espace public de la masse de véhicules y circulant chaque jour, la communauté urbaine de Lyon renforce un dispositif préexistant avec le lancement d’une application pour smartphone et tablette.

Pour Gilles Vesco, vice-président du Grand Lyon en charge de la mobilité, cet outil « amorce les prémices du covoiturage dynamique. Cette application va permettre aux covoitureurs d’accéder au service où qu’ils se trouvent ». Totalement gratuite, cette application permet la recherche de trajets ponctuels ou réguliers, d’être alerté quand une nouvelle possibilité de trajet se présente ou encore d’accéder directement à leurs trajets quotidiens en sauvegardant leurs recherches. Gilles Vesco ne cache pas l’importance de la communication autour du covoiturage, « le partage de l’information est essentiel dans ce dispositif, il faut donc pour cela que toutes les personnes qui y trouvent un intérêt sachent où trouver ces informations ».

En développant les modes de transports alternatifs, l’objectif du Grand Lyon est de réduire de 40% le trafic urbain à l’horizon 2020. « Le covoiturage n’est qu’une partie de ce dispositif, avec les TCL ou encore les Velo’V. Ces éléments se renforcent les uns les autres tout en respectant le droit à la mobilité » souligne Gilles Vesco.

A ce jour, le site covoiturage-grandlyon.com compte 7 042 inscrits dont 20% covoiturent au moins une fois par semaine, ce qui représente 10 000 pleins d’essences économisés.

La voiture partagée arrive au Mexique !

Une prévision indique qu’en 2050, les habitants de Mexico passeront jusqu’à 106 heures, soient plus de 4 jours par an coincés dans les embouteillages ! Le gouvernement du district fédéral a lancé la première initiative de partage de véhicule dans la ville de Mexico, en espérant réduire de 15 à 20 fois la densité du trafic et améliorer la mobilité au cœur de la capitale.

En fait, les études prévoient que 15 à 20 personnes abandonnent l’usage d’un véhicule personnel ; à quoi il faut ajouter que les utilisateurs conduisent 31 % moins longtemps que dans leur propre voiture.

Le 11 juin 2012, le chef du gouvernement de la capitale, Marcelo Ebrard Casaubon, et la secrétaire de l’environnement, Martha Delgado, se sont joints aux dirigeants de l’entreprise « Carrot » pour le lancement du système, qui compte 18 véhicules répartis sur 8 arrondissements de la ville.

Le coût de l’abonnement mensuel est de 100 pesos (environ 5,70 euros), et les réservations se font par Internet. Le tarif de la location à l’heure est de 90 pesos (5 euros), essence et assurance incluses.