En 2020, la mobilité aura complétement changée

Voici la traduction d’une intéressante vision de Steve McCallion directeur artistique de Ziba Design, un cabinet conseil en innovation et design situé à Portland, Oregon. L’auteur y parle de la nouvelle mobilité des Américains, qui s’apprêtent selon lui à vivre une transition équivalente à celle permise par l’arrivée du moteur à combustion. Bienvenue dans la nouvelle mobilité, durable, sociale, et connectée. Interview originale disponible sur les Transports du Futur.

L’Amérique a la culture de la mobilité. La mobilité géographique et sociale ont toujours joué un rôle crucial dans la promesse de l’ADN du pays, du rêve américain, des valeurs de liberté, d’indépendance et d’exploration. Ces 100 dernières années, ce rêve s’est manifesté dans l’automobile. Dans les 50 dernières, l’avion a joué un rôle crucial. Mais les choses changent, et à mesure que l’industrie automobile subit une transformation radicale, que la peur du terrorisme font du voyage aérien une corvée, et que l’approvisionnement énergétique déstabilise le monde, les Américains remodèlent leur mobilité. D’ici 2020, les recherches de solutions de transports plus intelligents, plus sains, plus lents et plus sociales aboutiront.

Le mot-clé sera bien celui de l’intelligence (smart). Poussés par le coût de la vie et l’évolution des valeurs sociales, les comportements autrefois confinés à la périphérie de la mobilité vont se répandre. Un réseau intelligent de solutions mobiles basées sur la longueur du voyage et le trajet va émerger : une voiture de ville électrique pour les déplacements à courte portée, par exemple, et une voiture diesel propre pour les trajets routiers, et le covoiturage pour partager les frais de trajets qui en solo coûtent de plus en plus cher.


Les gens en 2020 seront plus ouverts à la mobilité des ressources de partage, que l’orgueil de la propriété cède peu à peu à l’utilisation intelligente des ressources. Oubliez les prêts et les baux. De nouveaux modèles commerciaux verront le jour, y compris la mobilité des adhésions qui donneront accès à une gamme de véhicules disponibles différement. Le covoiturage, la copropriété des véhicules et les parkings de quartier composeront ce lexique de la nouvelle mobilité intelligente. En 2010, les programmes de partage tels que SmartBike, ZipCar ou Covivo ont montré le chemin; en 2020 ils seront ancrés, et rejoint par une foule de services de mobilité similaires, avec la création d’un véritable écosystème de la mobilité.

Santé et mobilité enfin se rejoindront. La marche et le vélo pour aller au travail seront considérés comme intelligents. Même en 2010, de telles tendances se manifestent dans les relations parents organisée pédibus.

Le mouvement de transports lents se développera, avec des services de recherches plus localisés pour rechercher des options de voyage dans un rayon de 30 kilomètres. La planète va continuer à s’urbaniser (75% du monde vivront dans les villes d’ici 2050) afin de faire se rapprocher travail, domicile et loisirs, en éliminant les temps de déplacement détestés du 20e siècle.

Les trajets seront également sociaux et plus connectés. En 2020, les gens iront chercher des expériences de mobilité qui sont agréables et sociales, et pas seulement pratiques et efficaces, à mesure qu’une nouvelle catégorie de véhicules connectés entre eux offrira des valeurs différentes de la simple performance et de la puissance. Les technologies sociales migrent du bureau vers les applications mobiles dans les voitures.

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Pourquoi les transports « alternatifs » ont la côte

La dispersion spatiale de l’habitat et des activités de ces dernières décennies a fortement contribué à une évolution constante de la demande en déplacement (Le nombre de déplacements par personne a augmenté de 6% entre 1982 et 1994. Source : ENT1994). Cette dispersion a entraîné une utilisation croissante de l’automobile et une remise en cause de l’offre de transports publics réguliers. La population résidant de plus en plus loin du lieu de travail, le véhicule particulier est devenu le mode de déplacement privilégié, offrant une simplicité, une efficacité et une rapidité bien supérieure au transport en commun. Cependant, son utilisation massive et abusive dans les déplacements domicile-travail a entraîné de graves problèmes de congestion dans les agglomérations, et une pollution accrue des milieux urbains. Chaque jour, aux heures de pointe, les entrées d’agglomérations sont soumises à une augmentation du nombre de véhicules. Une piste qui revient au goût du jour, c’est le covoiturage, qui permet par exemple aux covoiturants de San Francisco de gagner 30min de trajet par jour grâce à des voies réservées à l’auto-partage sur la chaussée.


Ces problèmes ont contraint les collectivités locales à envisager et à promouvoir de nouvelles pratiques moins onéreuses que les transports en commun, plus respectueuses de l’environnement et plus simples à mettre en œuvre. De nombreuses initiatives localisées, souvent sous la forme d’associations, ont vu le jour grâce à un appui technique, méthodologique et financier des conseils généraux et régionaux, des autorités organisatrices des transports (AOT) ou encore de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).
De plus, la prise de conscience collective de la notion de développement durable a donné, en France, une impulsion supplémentaire aux modes alternatifs. Le respect de l’environnement, la protection de la nature et l’impact des gaz à effet de serre sont autant de thèmes que les populations commencent à intégrer dans leur modes de vie, notamment dans leurs déplacements. Il faut savoir que le secteur des transports est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre, il est responsable de 28 % des rejets de CO2 dans l’atmosphère à l’échelle de l’Union européenne (35 % à l’échelle nationale en 2003). Ce constat alarmant a propulsé les transports alternatifs sur le devant de la scène.


Entre la voiture solo et les lignes régulières de transports publics, il existe de nouvelles solutions de mobilités alternatives proposant à l’usager de nouvelles modalités d’utilisation de la voiture et du transport en commun. Ces transports alternatifs peuvent soit rentrer dans le cadre actuel du transport public (transport à la demande) qui permet d’offrir une souplesse et une flexibilité accrue, soit correspondre à une utilisation rationnelle du véhicule particulier par son partage dans le temps ou dans l’espace (auto- partage, covoiturage). À cela s’ajoute l’émergence de nouveaux modes de déplacements dits doux comme le vélo ou le roller.
Ces solutions innovantes sont tout à fait complémentaires et répondent chacune à un besoin spécifique. Elles sont le plus souvent associées à des innovations technologiques qui jouent un rôle nécessaire pour leur bon fonctionnement et contribuent à leur donner une image attractive et dynamique. Les technologies utilisées comprennent entre autres des outils Internet de mise en relation, des logiciels d’optimisation d’itinéraires de véhicules couplés à des systèmes d’information géographique, ou encore des logiciels de management environnemental. Dans cette catégorie, on peut citer le système de covoiturage dynamique de Covivo, qui illustre bien à la fois la symbiose d’acteurs différents pour créer ce type (région Lorraine, association Réseautom), et l’innovation technologique sous-jacente au projet (qui prend ,au final, la forme d’une application iPhone couplée à un site Internet). Sur le « sillon Lorrain », quelques 70 000 personnes circulent quotidiennement, dont 15% en transports en commun. La région entend, avec ce projet, atteindre les 25%, ce qui « économiserait » près de 5 000 voitures (voir à ce sujet la quantité de Co2 économisée sur une étude de cas d’un trajet « covoituré » de 30km).


Ces moyens de transport alternatifs permettent aussi de répondre aux besoins de certaines populations. Les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite, les personnes en recherche d’emplois ou à revenu modeste n’ont souvent pas les moyens ou la possibilité d’acquérir un véhicule ; il faut donc leur proposer une offre de transport la plus large possible. C’est ainsi que les solutions alternatives jouent leur rôle de complémentarité avec l’offre de transport existant (voir à ce sujet le comparatif transports en commun / covoiturage) elles n’excluent pas une certaine concurrence, notamment aux marges des différents modes. La mise en circulation d’une ligne de bus régulière est coûteuse, et ne résout parfois pas les problèmes existants. C’est dans ce cadre-là que le covoiturage peut être une des solutions, on parle dans ce cas de covoiturage de rabattement. Une utilisation plus rationnelle de la voiture particulière et une offre en transport public plus cohérente permettraient à la collectivité de réduire les coûts de fonctionnement et d’avoir une image exemplaire. Bien qu’encore peu développé en France, le covoiturage est en pleine expansion ces dernières années et demeure une des solutions, à court terme, pour limiter la congestion automobile.

Vous trouverez également des éléments d’explication du « boom » de la mobilité durable dans un billet précédent qui dresse une sociologie du covoiturage.

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Source : Etude du centre d’Etudes sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu – Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire), « le covoiturage en France et en Europe. Etats des lieux et perspectives », 2007.