Les acteurs du covoiturage : différents, mais complémentaires

Après avoir vu comment le covoiturage se pratiquait dans différents pays et métropoles et étudié des cas pratiques (notamment ce calcul précis des gains économique et écologique lors d’un trajet de 30km selon qu’on le « covoiture » ou non), regardons de plus près comment s’initient les programmes de covoiturages. Traditionnellement, ceux-ci émanent de trois grands types d’acteurs, sans exclusive d’ailleurs puisque l’on retrouve souvent deux ou trois de ces parties dans les initiatives les plus réussies. Ces trois entités, ce sont les entreprises privées, les associations et les collectivités territoriales. Toutes connaissent des problématiques de transport ou d’accès à la mobilité et ont trouvé comme solution commune la solution du covoiturage.

Les entreprises privées. Pour les entreprises, selon la taille, le covoiturage offre différents avantages, comme le réduction du coût des transports pour les employés ou les gains en termes de temps (si davantage de personnes pratiquent le covoiturage, le trafic est réduit et les bouchons et retards afférents également). Pour l’entreprise aéronautique EADS, basée à Toulouse, le calcul est vite fait, il suffit « 5% de trafic en moins pour que le périphérique toulousain soit fluide, même aux heures de pointe ». La taille de l’entreprise leur permet d’organiser du covoiturage en interne, par équipes ou lieu de résidence. Autre exemple, l’agglomération de Rennes a mis en place un label développement durable qui récompense avec une note de A à E, comme les frigidaires économes en énergie, les entreprises qui s’engagent, notamment dans le covoiturage.  Aux Etats-Unis, l’EPA, le garde-fou environnemental, a lancé le programme « Best Workplaces for Commuters », qui recense les entreprises qui font le plus d’effort pour éviter les trajets en solo à leurs employés : abonnements de transports en commun gratuits, possibilité de télétravailler, organisation d’un système de covoiturage. C’est aussi une belle vitrine pour attirer les candidats les plus « eco-friendly ».
Avantages : l’efficacité économique du covoiturage
Inconvénients : Ne sert à priori que l’intérêt des employés de l’entreprise, pas le grand public

Les associations. Plusieurs motifs peuvent expliquer le développement d’associations de promotion et d’organisation du covoiturage. D’abord, un intérêt perçu localement (désenclaver une région, pallier l’absence d’une ligne de transport), ou le service à rendre à une population spécifique en termes de transport (étudiants, migrants pendulaires…), ou encore la conviction écologique que le covoiturage fait partie des solutions les plus simples (pas de construction de nouvelles infrastructures) aux problèmes d’émission de gaz à effet de serre. A Rennes, par exemple, c’est l’association Covoiturage +, créée en 2002 avec le partenariat privilégié de Rennes Métropole, qui fédère plus de 200 entreprises partenaires, avec un effectif de plus de 4 500 inscrits prêts à vous déposer sur votre lieu de travail. L’engagement dans le covoiturage consiste à adhérer à cette association locale qui s’occupe ensuite de de former et d’informer ses membres des bonnes pratiques du covoiturage… et de quelques conseils pour lancer la machine. En Lorraine, on peut citer l’association Résautom qui a un objectif pédagogique : « L’idée? Utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour augmenter le taux d’occupation des véhicules sans avoir toutes les contraintes existantes aujourd’hui à l’utilisation du covoiturage. L’équipe qui développe ce réseau en Lorraine (France) s’est constituée en association qui a pour but de mener réflexions et actions afin de sensibiliser le citoyen sur l’impact économique, environnemental et sociétal des modes de transport »
Avantages : L’intérêt collectif est pris en compte par des « usagers-citoyens »
Inconvénients : Manque fréquent de moyens pour lancer les sites et informer les populations concernées

Les collectivités sont intéressées pour offrir à leurs administrés des alternatives aux transports existants (voir à ce sujet l’intéressante complémentarité entre transports en commun et covoiturage), et leur permettre d’effectuer leurs transports (travail, école, vacances) de la manière la plus fluide possible. Les élections régionales, à ce titre, montrent bien l’engouement pour les transports en général et le covoiturage en particulier, Valérie Pécresse, la candidate UMP pour l’Ile de France, a fait des transports sa « priorité absolue » et a repéré 80 tronçons sur lesquels installer des voies réservées au covoiturage (sur le modèle de ce qui se pratique depuis longtemps aux Etats-Unis). Jean-Paul Huchon, le président PS sortant d’Ile de France, indique dans son programme qu’il souhaite « bâtir un plan de déplacement multimodal » qui associe entre eux les « services de mobilité », dont le covoiturage et l’auto-partage. En général, les collectivités sous-traitent ces initiatives aux associations ou aux entreprises privées (voire à des départements universitaires compétents). Enfin, une collectivité est également une entreprise dans le sens où elle emploie de nombreuses personnes, qui peuvent donc faire l’objet d’un plan d’aide aux déplacements pour joindre leurs lieux de travail. D’autres pistes sont à creuser du côté politique, comme la délivrance de badges de covoiturage qui permettrait à ceux qui le pratiquent régulièrement d’être exempté des tickets de stationnement, ou des places de parking réservées. Ainsi, dans les Alpes-Maritimes, à Nice, 24 places de parking sont réservées aux covoiturants (sur le modèle des places réservées aux handicapés et invalides). A noter, 13 grandes métropoles dont Paris se sont récemment engagées à mettre en oeuvre des applications de covoiturage et d’autopartage.
Avantages : la manne des fonds publics et le soutien politique
Inconvénients : réactivité parfois limitée et « jeu » entre les différentes entités (mairies, départements, régions, Etat)

DynamicsAuto

Sources :

http://www.rageap.fr/20100201665/actualites-radicales/programme-de-jean-paul-huchon-une-participation-active-des-radicaux-de-gauche.html
http://www.evous.fr/Petit-journal-des-regionales-Paris,1117468.html

Transport en commun et/ou covoiturage ?

Les modes de transports alternatifs (à la voiture utilisée en solo, s’entend) sont souvent complémentaires car différents. Le covoiturage n’est pas un concurrent pour les transports en commun, car les usages sont différents.

  • Les transports en commun ne peuvent pas être présents dans tous les territoires notamment rurbains ou ruraux, ni suffisamment rapide lorsqu’il y a un temps d’accès trop important ou des correspondances. Le covoiturage est alors une forme de « TC light » qui pallie à ce manque.
  • Le covoiturage peut d’ailleurs permettre d’assurer le rabattement vers des gares routières ou ferroviaires, et éviter d’encombrer les parkings relais ou autres. On voit éclore de plus en plus de « centrales de mobilité » qui intègrent la multi-modalité.

Différents et concurrents dans les limites imposées par la puissance publique

  • Pour l’usager: Le covoiturage est souvent utilisé lorsque le prix du billet de train ou de car paraît cher à certains usagers (jeunes, faibles revenus, etc) en regard du service rendu (vitesse, confort, souplesse, etc). C’est le cas pour des trajets occasionnels.
  • C’est d’autant plus vrai que l’utilisation de la voiture est favorisée par la collectivité: aménagement de routes, de parkings, aides aux constructeurs auto, non intégration des coûts externes (pollution, accidents), etc
  • Pour la collectivité: Une certaine « pensée politiquement correcte » présente souvent les transports en commun comme la solution la plus écologique et la plus économique. C’est très souvent vrai, mais moins sûr lorsque des bus ou des trains circulent à vide, ce que l’on voit régulièrement en heures creuses ou sur des trajets peu empruntés. Quels sont les vrais chiffres lorsqu’on intègre le coût des infrastructures pour le rail en comparaison des aménagements routiers? quels sont ceux du transport à la demande? etc. On doit comparer des choses comparables (services offerts, confort, souplesse, intérêt pour la collectivité, coût pour l’usager et pour la collectivité, etc), et analyser des données objectives et non partisanes pour en décider dans les différents cas.
  • Le risque existe par contre de créer localement un cercle vicieux « transports en commun insuffisants » -> « Développement du covoiturage » -> « Difficulté à trouver des usagers pour lancer des investissements de transports en commun qui seront amortissables ». C’est la loi de tout marché avec des degrés de liberté.

Source : http://groups.google.fr/group/developper-le-covoiturage/web/covoiturage-et-transports-en-commun