Fini la « voiture couteau suisse », place à une mobilité de services !

Voici un intéressant article publié par Green Univers, qui recoupe dans ses thématiques la conversation que nous avions eu avec Max Lambert, directeur du service des nouvelles mobilités au Conseil Général de l’Isère, et une synthèse de l’étude sur les « nouvelles mobilités » du Centre d’Analyse Stratégique.

Mobilite du futur 300x199 Fini la voiture couteau suisse, place à une mobilité de services !C’est une transformation profonde, voire un tsunami pour certains, qui va bouleverser les fondations et les règles du jeu de la mobilité. Le monde d’aujourd’hui serait en train de dire au revoir à la « voiture couteau suisse », selon l’expression du sociologue Bruno Marzloff, directeur du cabinet d’études Chronos, présent à la conférence annuelle de l’Observatoire du véhicule d’entreprise (OVE), ce matin à Paris. Alors que le salon de l’automobile de Genève ouvre ses portes demain, le modèle économique et sociétal de la voiture serait remis en cause par un modèle de services de mobilité, plus adaptés aux besoins des usagers.

Attention, le véhicule en tant que produit, qu’il soit thermique ou électrique, n’a pas vocation à disparaître. Mais il va de plus en plus dépendre des services de mobilité durable qui lui seront associés. La « voiture couteau suisse » capable de tout faire, du déplacement à la supérette du coin en passant par le voyage en famille à l’autre bout du pays, est peut-être un modèle révolu.

La mobilité automobile plafonne en France

« Si la mobilité dans son ensemble a structurellement augmenté en France de 1995 à 2009, argumente Eric Champarnaud, directeur associé au BIPE, également présent à la conférence de l’OVE, la mobilité automobile à cesser de croître depuis le début des années 2000 ». Les transports collectifs urbains (métro, bus, tramway) et inter-urbains (trains…) sont devenus les moteurs de la mobilité. Même si l’automobile représente encore 80% des transports, son hégémonie est contestée depuis plusieurs années.

La tendance devrait encore s’accentuer. Il va en effet devenir nécessaire de trouver des solutions nouvelles et durables pour maintenir une fluidité des transports face aux besoins croissants de déplacements dans les pôles urbains, qui sont souvent congestionnés. « Les évolutions se feront sous un jeu de contraintes », explique Bruno Marzloff.

Un changement de modèle économique

L’une des solutions passe par l’arrivée de nouvelles formes de véhicules (véhicules électriques, quadricycles lourds, tricycles et deux roues électriques…) et l’émergence de nouvelles formes de partage (location, covoiturage, autopartage privé et public, autopartage entre particuliers…). L’ensemble de l’écosystème est ainsi en train de bouger, en partie au détriment des constructeurs automobiles traditionnels.

« Nous sommes face à une première en matière de changement de modèle économique. Il faut s’attendre à une profonde refonte de solutions que l’on croyait gravées dans le marbre », note Pierre-Alain Mammet, associate partner chez IBM. Cette révolution semble semble peu à peu intégrée par les constructeurs, qui auraient pris conscience de la nécessité de se transformer.

Des succès à venir, des échecs et des incertitudes

Le fait qu’un constructeur comme Citröen ait lancé récemment un nouveau service de mobilité multimodale, baptisé Multicity, en est une illustration. L’offre se présente sous la forme d’un portail Internet capable de calculer plusieurs offres de transport de porte à porte, et de comparer leurs prix, leurs rejets en CO2 et leur durée, puis de réserver par exemple train ou/et une voiture Citroën, une fois le choix des transports effectué.

D’une manière générale, la naissance d’une multitude de services de mobilité est aujourd’hui comparée à la vague de créations de start-up Internet au début des années 2000, note Pierre-Alain Mamment. Une façon de souligner que parmi l’ensemble des nouvelles offres de mobilité, il y aura des échecs et quelques success-stories.

L’intégration optimisée de tous ces nouveaux services de mobilité sera enfin un challenge important. Comment organiser les différent services de transports dans un système d’information cohérent ? Comment organiser une facturation simple des services et des consommations de carburant électrique des véhicules de demain ? Comment gérer un système de forfait autour d’une mobilité multimodale… « C’est un vaste chantier, précise Pierre-Alain Mamment. Plus le marché avancera vers ce modèle, plus la pertinence d’un système de gestion se fera sentir. »

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Pourquoi les transports « alternatifs » ont la côte

La dispersion spatiale de l’habitat et des activités de ces dernières décennies a fortement contribué à une évolution constante de la demande en déplacement (Le nombre de déplacements par personne a augmenté de 6% entre 1982 et 1994. Source : ENT1994). Cette dispersion a entraîné une utilisation croissante de l’automobile et une remise en cause de l’offre de transports publics réguliers. La population résidant de plus en plus loin du lieu de travail, le véhicule particulier est devenu le mode de déplacement privilégié, offrant une simplicité, une efficacité et une rapidité bien supérieure au transport en commun. Cependant, son utilisation massive et abusive dans les déplacements domicile-travail a entraîné de graves problèmes de congestion dans les agglomérations, et une pollution accrue des milieux urbains. Chaque jour, aux heures de pointe, les entrées d’agglomérations sont soumises à une augmentation du nombre de véhicules. Une piste qui revient au goût du jour, c’est le covoiturage, qui permet par exemple aux covoiturants de San Francisco de gagner 30min de trajet par jour grâce à des voies réservées à l’auto-partage sur la chaussée.


Ces problèmes ont contraint les collectivités locales à envisager et à promouvoir de nouvelles pratiques moins onéreuses que les transports en commun, plus respectueuses de l’environnement et plus simples à mettre en œuvre. De nombreuses initiatives localisées, souvent sous la forme d’associations, ont vu le jour grâce à un appui technique, méthodologique et financier des conseils généraux et régionaux, des autorités organisatrices des transports (AOT) ou encore de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).
De plus, la prise de conscience collective de la notion de développement durable a donné, en France, une impulsion supplémentaire aux modes alternatifs. Le respect de l’environnement, la protection de la nature et l’impact des gaz à effet de serre sont autant de thèmes que les populations commencent à intégrer dans leur modes de vie, notamment dans leurs déplacements. Il faut savoir que le secteur des transports est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre, il est responsable de 28 % des rejets de CO2 dans l’atmosphère à l’échelle de l’Union européenne (35 % à l’échelle nationale en 2003). Ce constat alarmant a propulsé les transports alternatifs sur le devant de la scène.


Entre la voiture solo et les lignes régulières de transports publics, il existe de nouvelles solutions de mobilités alternatives proposant à l’usager de nouvelles modalités d’utilisation de la voiture et du transport en commun. Ces transports alternatifs peuvent soit rentrer dans le cadre actuel du transport public (transport à la demande) qui permet d’offrir une souplesse et une flexibilité accrue, soit correspondre à une utilisation rationnelle du véhicule particulier par son partage dans le temps ou dans l’espace (auto- partage, covoiturage). À cela s’ajoute l’émergence de nouveaux modes de déplacements dits doux comme le vélo ou le roller.
Ces solutions innovantes sont tout à fait complémentaires et répondent chacune à un besoin spécifique. Elles sont le plus souvent associées à des innovations technologiques qui jouent un rôle nécessaire pour leur bon fonctionnement et contribuent à leur donner une image attractive et dynamique. Les technologies utilisées comprennent entre autres des outils Internet de mise en relation, des logiciels d’optimisation d’itinéraires de véhicules couplés à des systèmes d’information géographique, ou encore des logiciels de management environnemental. Dans cette catégorie, on peut citer le système de covoiturage dynamique de Covivo, qui illustre bien à la fois la symbiose d’acteurs différents pour créer ce type (région Lorraine, association Réseautom), et l’innovation technologique sous-jacente au projet (qui prend ,au final, la forme d’une application iPhone couplée à un site Internet). Sur le « sillon Lorrain », quelques 70 000 personnes circulent quotidiennement, dont 15% en transports en commun. La région entend, avec ce projet, atteindre les 25%, ce qui « économiserait » près de 5 000 voitures (voir à ce sujet la quantité de Co2 économisée sur une étude de cas d’un trajet « covoituré » de 30km).


Ces moyens de transport alternatifs permettent aussi de répondre aux besoins de certaines populations. Les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite, les personnes en recherche d’emplois ou à revenu modeste n’ont souvent pas les moyens ou la possibilité d’acquérir un véhicule ; il faut donc leur proposer une offre de transport la plus large possible. C’est ainsi que les solutions alternatives jouent leur rôle de complémentarité avec l’offre de transport existant (voir à ce sujet le comparatif transports en commun / covoiturage) elles n’excluent pas une certaine concurrence, notamment aux marges des différents modes. La mise en circulation d’une ligne de bus régulière est coûteuse, et ne résout parfois pas les problèmes existants. C’est dans ce cadre-là que le covoiturage peut être une des solutions, on parle dans ce cas de covoiturage de rabattement. Une utilisation plus rationnelle de la voiture particulière et une offre en transport public plus cohérente permettraient à la collectivité de réduire les coûts de fonctionnement et d’avoir une image exemplaire. Bien qu’encore peu développé en France, le covoiturage est en pleine expansion ces dernières années et demeure une des solutions, à court terme, pour limiter la congestion automobile.

Vous trouverez également des éléments d’explication du « boom » de la mobilité durable dans un billet précédent qui dresse une sociologie du covoiturage.

DynamicsAuto

Source : Etude du centre d’Etudes sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu – Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire), « le covoiturage en France et en Europe. Etats des lieux et perspectives », 2007.